Aprile 27, 2021
Da Malacoda
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IT: Intervento di Alfredo Cospito al dibattito sulla lotta contro il nucleare per l’iniziativa “Voi gli date vent’anni, noi gli diamo la parola” + EN: Speech of Alfredo Cospito at the debate on the anti-nuclear struggle held during the initiative “You give him twenty years, we give him the word” + EL: Î€ÎżÏ€ÎżÎžÎ­Ï„Î·ÏƒÎ· Ï„ÎżÏ… Alfredo Cospito στη ÏƒÏ…Î¶ÎźÏ„Î·ÏƒÎ· ÎłÎčα τωΜ Î±ÎłÏŽÎœÎ± Î”ÎœÎŹÎœÏ„Îčα στα πυρηΜÎčÎșÎŹ.

Intervention au débat sur la lutte contre le nucléaire, lors de la rencontre « Vous lui donnez vingt ans, nous lui donnons la parole »

Ce texte est l’intervention de l’anarchiste emprisonnĂ© Alfredo Cospito, Ă  l’occasion du dĂ©bat sur la lutte contre le nuclĂ©aire, qui a eu lieu lors de la rencontre « Vous lui donnez vingt ans, nous lui donnons la parole Â», au Circolaccio Anarchico, Ă  Spoleto (Italie), le 20 mars 2021.

On m’a demandĂ© de faire une intervention, aprĂšs la projection de ce film sur la tragĂ©die de Tchernobyl.

Quoi dire ?

J’ai passĂ© les derniers neuf ans de ma vie enfermĂ© dans une cellule parce que, avec un compagnon, j’ai tirĂ© sur l’un des plus importants responsables de l’époque dans le domaine du nuclĂ©aire, en Italie. Nous l’avons fait parce que nous ne voulions pas qu’il arrive chez nous ce que vous avez vu dans ce film. TrĂšs simpliste comme motivation, mais c’est arrivĂ© vraiment comme ça.

Ça en valait la peine ?

J’aime penser que notre action, bien qu’isolĂ©e, a eu son poids. La seule chose sĂ»re c’est que des actions de cet type ne seront jamais, en aucune maniĂšre, rĂ©cupĂ©rĂ©es par le systĂšme. Elles peuvent ĂȘtre diabolisĂ©es, mais jamais rĂ©cupĂ©rĂ©es, ni encore moins effacĂ©es, puisqu’elles posent un clivage clair avec le pouvoir et, Ă  mon avis, c’est plus que suffisant pour tout mettre en jeu, sa libertĂ© et aussi sa vie.

Oui ! En fin de compte, ça en valait la peine.

Nous ne voulions pas le tuer, seulement le blesser, afin de bĂątir un mur indĂ©passable devant le cynisme technologique et meurtrier de scientifiques et politiciens sans scrupules : « Vous n’irez pas plus loin, vous n’allez pas faire revenir le nuclĂ©aire en Italie*, sinon nous allons nous y opposer par tous les moyens Â».

Il y a neuf ans, quand nous avons frappĂ©, la possibilitĂ© d’un retour du nuclĂ©aire en Italie semblait fortement possible. Peu avant avait eu lieu le dĂ©sastre de Fukushima, des annĂ©es de luttes contre le nuclĂ©aire semblaient voir le risque d’ĂȘtre effacĂ©es dans « notre Â» pays, cela dans le silence le plus complet. À cette Ă©poque lĂ , et encore aujourd’hui, l’Italie, par le biais d’Ansaldo Nucleare, participait Ă  la construction de centrales nuclĂ©aires dans des pays comme la Roumanie et l’Albanie. Peu avant notre action, deux ouvriers Ă©taient morts dans un accident, lors de travaux de construction, dans l’un de ces chantiers. En Italie, personne en parlait, Ă  l’exception de ces quelques peu nombreux utopistes Ă©cologistes et anarchistes, qui craignaient un retour des centrales sur « notre Â» territoire, et de nombreux partis politiques soutenaient cette perspective cauchemardesque. Je ne me fais certes pas d’illusions sur le fait que notre geste ait bloquĂ© le retour du nuclĂ©aire en Italie, mais on leur a quand-mĂȘme un peu filĂ© la trouille. Notre contribution, bien que limitĂ©e, nous l’avons portĂ©e, elle a eu son poids et je ne crois pas que ça soit aussi nĂ©gligeable qu’on a voulu nous faire croire.

Aujourd’hui, l’État italien doit forcement « Ă©liminer Â» les dĂ©chets nuclĂ©aires des anciennes centrales dĂ©saffectĂ©es et cacher sous le tapis, en Piemonte, Sardegna, Toscana, Lazio, Puglia, Basilicata, Sicilia, 78000 mĂštres cubes de dĂ©chets radioactifs. Ils font passer cela pour l’« Ă©limination Â» de dĂ©chets Ă  baisse intensitĂ© de radioactivitĂ©, tel les produits de rayons X et d’autre matĂ©riel mĂ©dical, mais en rĂ©alitĂ© ils essayent de faire passer en cachette surtout l’« Ă©limination Â» de matĂ©riels radioactifs autrement plus dangereux : des dĂ©chets des anciennes centrales.

Je veux ĂȘtre clair, la solution ne peut pas ĂȘtre celle d’envoyer nos dĂ©chets en dehors d’Italie, peut-ĂȘtre en Afrique, comme cela a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© fait par le passĂ©, en utilisant les pays les plus pauvres comme une dĂ©chetterie pour notre merde nuclĂ©aire. Un mouvement « Ă©cologiste Â» qui pousserait dans un tel sens est un « Ă©cologisme Â» bourgeois et dĂ©gueulassasse. Ceux qui s’opposent aux dĂ©pĂŽts de dĂ©chets radioactifs parce que la valeur de leurs propriĂ©tĂ© en serait rabaissĂ©e n’auront jamais ma confiance. C’est des personnes de ce genre qui ont fait entrer la politique la plus vile dans le mouvement contre le TAV [Train Ă  grande vitesse, en Val di Susa ; NdAtt.]. Elles sont toujours prĂȘtes Ă  brader les luttes, Ă  se dissocier des actions. Nous ne pouvons pas nous appuyer sur de tels instincts bourgeois et nous ne pourrons pas faire semblant de ne pas voir, quand les maires et les institutions locales de ces villages demanderont des dĂ©dommagements ou pleureront Ă  cause de leurs propriĂ©tĂ©s, de leur commerces, de leurs pertes Ă©conomiques. Avoir, encore une fois, affaire avec des tels personnages serait dĂ©sastreux. Un ancien proverbe juif disait « L’ĂȘtre humain est le seul animal qui arrive Ă  trĂ©bucher deux fois sur la mĂȘme pierre Â».

Il serait idiot et contre-productif que ce soit nous qui cherchions les « solutions Â», les palliatifs pour rendre la technologie plus acceptable, plus « Ă©cologique Â». Nous nous opposons aux centrales nuclĂ©aires autant que nous nous opposons aux Ă©oliennes, dans ce domaine les demies-mesures n’existent pas. La seule solution dĂ©finitive et rĂ©elle au problĂšme des dĂ©chets nuclĂ©aires est celle de lutter avec tout moyen afin que les centrales nuclĂ©aires ferment, partout. Nous ne pouvons pas tourner autour, c’est une question de vie ou de mort. La planĂšte est en train de mourir, il y a une seule chose Ă  faire : dĂ©truire depuis l’intĂ©rieur la sociĂ©tĂ© technologique et capitaliste oĂč nous sommes obligĂ©.e.s de vivre. Il est inutile de s’enfuir, le fait de se construire un petit paradis sur terre est hypocrite : mĂȘme si nous ne le voulons pas, nous devenons complices ; il est criminel de chercher des palliatifs, de se faire des illusions sur une technologie qui puisse devenir « Ă©cologique Â». Ce n’est pas le nombre de participants Ă  une manifestation qui nous fera obtenir des rĂ©sultats, mais la force et la radicalitĂ© de nos actions. VoilĂ  une de nos caractĂ©ristiques : en tant qu’anarchistes, nous visons le qualitatif, pas forcĂ©ment le nombre de personnes qui marchent derriĂšre une banderole, mais la qualitĂ© des actions, de notre vie. Les gens arriveront, mais cela dĂ©pendra de notre cohĂ©rence et de l’honnĂȘtetĂ© de nos intentions et aussi de notre projectualitĂ© rĂ©volutionnaire. Le premier obstacle que nous rencontrons dans ce domaine est toujours le mĂȘme : l’écologisme populiste bourgeois.

En disant cela, je ne veux pas affirmer qu’il faut s’isoler, nous luttons bien entendu aux cĂŽtĂ©s des personnes qui sont directement concernĂ©es par ces dĂ©pĂŽts, nous participons Ă  des manifestations et Ă  des rassemblements, mais nous ne sacrifions pas notre point de vue Ă  la « rĂ©alitĂ© Â», au compromis. Nous essayons d’ĂȘtre toujours critiques vis-Ă -vis de ceux qui sont Ă  nos cĂŽtĂ©s et, surtout, nous ne limitons pas nos actions au nom d’une supposĂ©e incomprĂ©hension de la part des gens.

Nous participons aux assemblĂ©es populaires (s’il y en a) mais nous ne cachons pas notre but rĂ©el, la destruction de la sociĂ©tĂ© technologique, la construction d’une sociĂ©tĂ© libĂ©rĂ©e de l’État.

Souvenons-nous aussi que, lorsque nous agissons en dehors des décisions prises en assemblée, nous ne causons pas de préjudice à la collectivité en lutte, mais nous exprimons simplement le fait que nous sommes des anarchistes.

Ne nous dissocions pas, au nom d’une lutte commune, des actions violentes qui ont lieu, si jamais elles ont lieu, mĂȘme si nous ne le partageons pas. Renonçons aux faux bĂ©nĂ©fices (aux conforts) que cette sociĂ©tĂ© pourrie nous « offre Â», essayons d’ĂȘtre cohĂ©rent.e.s.

VoilĂ  ce que je pense ĂȘtre les quelques enseignements que les luttes « sociales Â» Ă©cologistes nous ont offert, ces derniĂšres dĂ©cennies.

Peut-ĂȘtre qu’une nouvelle occasion pointe son nez, une occasion Ă  ne pas louper ; je suis fermement convaincu qu’il suffirait de ne pas rĂ©pĂ©ter les erreurs habituelles, pour arriver Ă  des rĂ©sultats inespĂ©rĂ©s.

On pourrait rĂ©sumer tout mon long soliloque en un concept trĂšs simple : Â«  multiformitĂ© des actions, sans idĂ©es prĂ©conçues ni limites Â».

Finissons-en avec la paranoĂŻa Ă  propos de l’avant-garde, de la spectacularisation des actions : que chacun agisse comme bon lui semble, tout s’harmonisera dans un « ensemble Â», et surtout, dissocions-nous des dissociations.

Je suis sĂ»rement allĂ© « hors sujet Â», mais je pense quand-mĂȘme que parmi vous il y a des anarchistes. Mon discours c’est le discours d’un anarchiste, adressĂ© surtout Ă  des anarchistes, mais j’espĂšre qu’il pourra avoir Ă©tĂ© sais par tout le monde, mĂȘme s’il s’agit d’un point de vue « particulier Â».

Ce qui est sĂ»r, c’est que les problĂšmes que nous avons affrontĂ© aujourd’hui touchent tout le monde, la vie de tout le monde.

J’aimerais beaucoup participer Ă  ce dĂ©bat, lĂ -bas avec vous, mais c’est impossible, indĂ©pendamment de ma volontĂ©.

Une salutation anarchiste et révolutionnaire,

Alfredo Cospito
prison de Ferrara

* Note d’Attaque : un referendum, en novembre 1987, a imposĂ© la fermeture des quatre centrales Ă©lectronuclĂ©aires en Italie, qui ont Ă©tĂ© effectivement Ă©teintes en 1990. A partir de 2005, patrons et politiciens ont commencĂ© Ă  proposer l’ouverture de nouvelles centrales. En juin 2011, un autre referendum ferme la porte Ă  cette possibilitĂ©. NĂ©anmoins, il ne faut pas oublier que ENEL, l’EdF italien, possĂšde des centrales Ă©lectronuclĂ©aires dans d’autres pays (Espagne, des pays de l’Europe de l’Est) et que Ansaldo Nucleare construit des centrales Ă  l’étranger.

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[Traduction de attaque.noblogs.org].




Fonte: Malacoda.noblogs.org