Settembre 16, 2021
Da Malacoda
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IT: Intervento di Alfredo Cospito all’iniziativa “Terra d’amore e libertà” a Grisolia.

Intervention d’Alfredo Cospito pour la rencontre “Terra d’amore e libertà”

Le texte qui suit est l’intervention du compagnon anarchiste Alfredo Cospito, Ă  l’heure actuelle dĂ©tenu dans la prison de Terni, au dĂ©bat qui s’est tenu Ă  partir du livre Quale internazionale? [Quelle internationale ? â€“ on pourra lire l’entretien ici (premiĂšre et deuxiĂšme parties) et ici (troisiĂšme partie) ; NdAtt.], dans le cadre de la deuxiĂšme rencontre Terra d’amore e libertĂ  [Terre d’amour et de libertĂ© ; NdAtt.], deux jours autour du monde de l’édition anarchiste, focalisĂ©s sur l’internationalisme et la continuitĂ© rĂ©volutionnaire, qui ont eu lieu Ă  Grisolia, en Calabria, le 23 et 24 aoĂ»t 2021.

Ces derniers temps, je me suis demandĂ© avec quel toupet un anarchiste qui est en prison depuis dix ans, comme moi, voudrait exprimer une analyse « rĂ©aliste Â» du temps prĂ©sent, du mouvement rĂ©el en dehors de ces murs. L’entretien avec Vetriolo m’a trouvĂ© encore relativement imprĂ©gnĂ© de rĂ©alitĂ©, Ă  peine sorti de la mĂȘlĂ©e de la lutte, encore convaincu de possĂ©der une vision « rĂ©aliste » et objective du monde. Quale internazionale? est le rĂ©sultat d’une trentaine d’annĂ©es de lutte pratique, de coups donnĂ©s et reçus, d’affinitĂ©s, d’amitiĂ©s qui sont nĂ©es et ensuite ont Ă©tĂ© coupĂ©es de maniĂšre traumatique par les murs d’une prison. Pour tirer des conclusions, aujourd’hui je peux dire avec un certain degrĂ© de conviction que les seuls moments oĂč j’ai eu la certitude d’avoir contribuĂ© Ă  changer les choses ont Ă©tĂ© les moments pendant lesquels j’ai affrontĂ© concrĂštement le systĂšme, quand j’ai risquĂ© ma libertĂ© et ma peau. Pendant ces moments-lĂ  j’ai vĂ©cu, je me suis senti plus vivant que jamais. Et le plaisir que j’ai Ă©prouvĂ© a Ă©tĂ© sans pareil, comparable seulement Ă  l’amour pour son ou sa compagne, dans les moments les plus intenses de la passion. Je me souviens quand j’étais tout jeune, il me semblait impossible d’intervenir concrĂštement, le niveau d’analyse me semblait toujours insuffisant, mes capacitĂ©s pratiques ne me semblaient pas Ă  la hauteur, je ne savais pas par oĂč commencer, au dĂ©but on se sent inepte, incapable
 J’attendais une suggestion, un conseil de la part des compas plus expĂ©rimentĂ©s. Souvent, en Ă©change de mon enthousiasme, je recevais une bonne dose de « rĂ©alisme », qui calmait ou risquait de calmer toute « vellĂ©itĂ© » rĂ©volutionnaire, tout Ă©lan vers l’action. Parfois, bien que cela semble incroyable, le « rĂ©alisme » empĂȘche toute action, tout Ă©lan. Je suis sorti de cette sorte d’impasse seulement lorsque j’ai dĂ©cidĂ©, de maniĂšre maladroite, casse-cou, folle, provocatrice, d’armer mes mains. Par la suite, tout est devenu « facile » : Ă©chec aprĂšs Ă©chec, un pas aprĂšs l’autre, les choses ont commencĂ© Ă  fonctionner. J’ai cherchĂ© mes compas et je les ai trouvĂ©.e.s, nous nous sommes reconnu.e.s en ayant comme boussole le refus de la dĂ©lĂ©gation et de l’attentisme. Beaucoup (peut-ĂȘtre trop) d’annĂ©es sont passĂ©es, depuis cette Ă©poque, et aujourd’hui je suis de l’autre cĂŽtĂ©, en tant qu’anarchiste « expĂ©rimentĂ© », avec plus d’expĂ©rience. Et ce que j’ai envie de dire c’est simplement qu’il fait suivre son instinct, au lieu d’écouter la prudence, et ne pas trop prĂȘter attention Ă  la prudence de ceux qui, avec toute leur vie « vĂ©cue », poussent Ă  la modĂ©ration. Parce que le dicton populaire qui dit « on naĂźt incendiaires et on meurt pompiers » n’a pas tort. Pour ma part, ici en taule je lutte jour aprĂšs jours contre moi-mĂȘme pour rester celui que j’étais et je n’y arrive pas toujours. Dans mes mots, parfois je vois ce que j’ai toujours combattu : l’opportunisme, le paternalisme, le rĂ©alisme
 la « politique ». Des dynamiques qui me font courir le risque d’oublier comment c’était beau de communiquer seulement par les actions destructrices et les mots qui les accompagnaient. Une Ă©poque oĂč je ne risquais pas de devenir un « point de repĂšre », quand j’étais complĂštement inconnu. Et les bĂȘtises que je pouvais dire restaient circonscrites, personne, justement, n’en avait rien Ă  cirer. La chose tragi-comique est que l’on ne ressent presque pas la « mĂ©tamorphose » et qu’elle ne touche pas seulement nous qui sommes en prison, mais peut-ĂȘtre encore plus ceux/celles qui, en dehors de ces murs, ont tous les jours Ă  faire avec une rĂ©alitĂ© qui a la tendance Ă  nous normaliser. Le « rĂ©alisme » t’entraĂźne continuellement vers le bas et cela te porte Ă  juger comme naĂŻfs, provocateurs, enfantins, pleins d’illusions ceux qui restent « eux-mĂȘmes ».

TrĂȘve de bavardages, je suis heureux que les compas calabrais.es du local anarchiste Lunanera m’aient invitĂ© Ă  dire quelques mots pour prĂ©senter le petit livre publiĂ© par Monte Bove : Quale internazionale? Je suis particuliĂšrement satisfait parce qu’en tant qu’originaire de l’Abruzzo je pense que le travail d’édition des compas calabrais.es est trĂšs important parce qu’il met en avant l’importance que l’anarchisme de l’Italie du sud a eu dans notre histoire. Parmi les caractĂ©ristiques historiques de cet anarchisme il y a eu ses positions anti-organisatrices et informelles. Il suffit de se rappeler de Di Giovanni et de Schicchi ainsi que, plus rĂ©cemment, de Leggio et Bonanno. Quale internazionale? se situe dans cette ligne, toute l’expĂ©rience informelle de la Federazione Anarchica Informale [FĂ©dĂ©ration Anarchiste Informelle ; NdAtt.] se situe dans cette ligne. La « ligne » de l’informalitĂ© et de l’anarchisme anti-organisateur, dont l’organisation informelle est le pivot. La FAI et la FAI-FRI ont Ă©tĂ© la tentative de se donner une structure fluide, de crĂ©er une communication de base Ă  travers les actions. En dehors de toute idiotie sectaire et de tout bavardage dĂ©mentiel. Je ne me fatiguerai jamais de le rĂ©pĂ©ter ! Seul celles/ceux qui risquent leur peau et leur libertĂ© par l’attaque parlent. Le bavardage dont je suis en train de parler est celui d’internet ; j’ai beaucoup rĂ©flĂ©chi sur ces dynamiques, ces derniers temps, aussi grĂące Ă  certain.e.s compas. Internet nous permet de communiquer rapidement les actions et les messages qui les accompagnent. Mais en mĂȘme temps il nous assomme avec un bruit de fond continu, composĂ© d’une multitude de dĂ©lires produits par les commentaires des spectateurs enthousiastes ou hypercritiques (ce qui, au fond, revient au mĂȘme). Ces spectateurs qui, pour donner du sens et de la « radicalitĂ© » Ă  leur existence, dĂ©bitent des jugements Ă  l’emporte-piĂšce et mettent en place des tribunaux de la « puretĂ© » rĂ©volutionnaire, qui sont absolument ridicules. « Celui-ci n’est pas un prisonnier anarchiste, il ne mĂ©rite donc pas notre solidaritĂ©, celui-lĂ  par contre si! Il la mĂ©rite, car il a un trĂšs joli pedigree
 » quelle tristesse ! Sans parler des « idĂ©ologues » de service, qui essayent de faire rentrer de force un phĂ©nomĂšne intrinsĂšquement chaotique comme l’« internationale noire » dans des cases « idĂ©ologiques » ou dans des petits schĂ©mas simplistes qui dĂ©notent un esprit bornĂ© et lointain des dynamiques de l’action concrĂšte. A mon avis, pour sortir de cette impasse il faut agir sur une double voie. Deux voies, comme deux lignes parallĂšles qui ne se croisent pas, mais qui vont dans la mĂȘme direction. L’approfondissement thĂ©orique et historique qui rĂ©vĂšle les stratĂ©gies organisationnelles du passĂ©. Et l’autre voie, celle de la lutte rĂ©elle, concrĂšte, que nous participons Ă  construire, jour aprĂšs jour, avec nos mains : des actions, des formes de rĂ©sistance, des coordinations, des luttes des prisonnier.e.s, des groupes, des cellules d’action, des organisations informelles ou spĂ©cifiques auxquelles nous apportons notre contribution. Ce que j’aime dĂ©finir « expĂ©rimentation rĂ©volutionnaire Â», qui n’est rien d’autre que la recherche du bon instrument pour renverser ce monde. Deux niveaux diffĂ©rents, l’un au grand jour et qui, selon moi, trouve encore dans le papier un instrument adĂ©quat pour transmettre des approfondissement, des rĂ©flexions sur des dynamiques du passĂ© qui pourront, je l’espĂšre, nous apprendre quelque chose, nous inspirer. L’autre, le niveau de la lutte concrĂšte, que chacun.e de nous cultive avec ses compas et qui ne peut certes pas se limiter Ă  l’édition d’un livre.

La vie d’un.e anarchiste, d’un.e rebelle, d’un.e rĂ©volutionnaire trouve Ă  mon avis sa plĂ©nitude et sa rĂ©alisation seulement quand elle se rapport Ă  la rĂ©alitĂ©, quand elle se « salit les mains Â» avec la merde qui nous entoure. Cela peut arriver de plein de maniĂšres diffĂ©rentes, chacun.e trouvera la sienne. La violence anarchiste est ma maniĂšre de changer les choses. L’approfondissement qui m’intĂ©resse est celui qui touche Ă  la maniĂšre dont ceux qui nous ont prĂ©cĂ©dĂ©s se sont organisĂ©s. Pour comprendre, Ă  partir de leur succĂšs ou de leur insuccĂšs, comment agir aujourd’hui, tout de suite. Avec les compas de Lunanera et d’autres groupes anarchistes d’édition, on a commencĂ© un parcours Ă©ditorial d’approfondissement de certaines expĂ©riences de lutte armĂ©e du passĂ©, d’empreinte libertaire et anarchiste, qui ont traversĂ© le panorama rĂ©volutionnaire de ces derniĂšres dĂ©cennies. Notre premiĂšre Ɠuvre sera sur le Movimiento IbĂ©rico de LiberaciĂłn – Grupos de AcciĂłn Revolucionaria Internacionalista [Mouvement IbĂ©rique de LibĂ©ration – Groupes d’Action RĂ©volutionnaire Internationaliste ; NdAtt.]. Je suis nĂ©anmoins conscient que la vie est ailleurs, dans la lutte. Pour conclure, je veux rĂ©affirmer encore une fois le concept du dĂ©but, adressĂ© Ă  des possibles nouveaux/elles compas qui, comme mon imagination maladive aimerait, Ă©couterons mes mots.

Suivez votre instinct, votre rage, n’écoutez pas trop les compas les plus consciencieux.ses. Jetez-vous dans la mĂȘlĂ©e, au pire vous vivrez une vie qui comporte des risques et des souffrances en plus, mais qui est aussi pleine de pensĂ©es heureuses, de plaisirs et de satisfactions. Tout en participant peut-ĂȘtre Ă  changer les choses et, pourquoi pas
 Ă  faire la diffĂ©rence. Comme le disait une vieille chanson anarchiste [l’Inno individualista ; NdAtt.], « l’IdĂ©e c’est l’action Â».

Une accolade anarchiste et révolutionnaire à tou.te.s les compas présent.e.s.

Toujours pour l’anarchie,

Alfredo Cospito
Prison de Terni

[Publié par malacoda.noblogs.org, 26.08.2021; traduit par attaque.noblogs.org, 05.09.2021].




Fonte: Malacoda.noblogs.org