Dicembre 31, 2020
Da La Tradizione Libertaria
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Il pensiero dominante del Manifesto comunista

BenchĂ© un secolo ci separi dal Manifesto comunista, non Ăš che da una quindicina di anni

epuis quinze ans environ que nous avons Ă  notre portĂ©e les matĂ©riaux susceptibles d’éclairer d’une maniĂšre dĂ©finitive et les circonstances historiques de sa genĂšse et la place qu’il occupe dans l’Ɠuvre de Marx et d’Engels.

En effet, alors que le marxisme — c’est-Ă -dire l’ensemble des courants idĂ©ologiques se rĂ©clamant de l’enseignement marxien — a fait naĂźtre une immense littĂ©rature apologĂ©tique, la marxologie — c’est-Ă -dire l’exploration scientifique, historico-critique de l’Ɠuvre de Marx et d’Engels — n’a pu produire jusqu’ici qu’un nombre relativement rĂ©duit de travaux importants.

On comprendra aisĂ©ment les raisons de cette situation paradoxale, si l’on considĂšre que la recherche marxologique au sens propre du terme ne remonte guĂšre qu’à une trentaine d’annĂ©es et que les foyers principaux en furent l’Allemagne rĂ©publicaine d’avant Hitler et la Russie rĂ©volutionnaire prĂ©-stalinienne: c’est donc dans la pĂ©riode de 1917 Ă  1932 que se situe la moisson sinon abondante, du moins prĂ©cieuse que reprĂ©sentent les travaux des D. Riazanov, G. Mayer, C. GrĂŒnberg, M. Nettlau, B. Nicolaevski, pour ne nommer que les marxologues les plus mĂ©ritants.

Toutefois, si aprĂšs plus de soixante ans de marxisme militant et « triomphant » il n’existe pas encore une Ă©dition complĂšte des Ɠuvres, Ă©crits et lettres des fondateurs du socialisme scientifique — fait qui prouve, Ă  lui seul, que la marxologie est loin d’avoir achevĂ© sa tĂąche — , il faut se fĂ©liciter qu’en ce qui concerne leur activitĂ© thĂ©orique et politique durant la pĂ©riode antĂ©rieure Ă  la publication du Manifeste communiste, la recherche marxologique se meuve aujourd’hui sur un terrain sĂ»r, et cela grĂące Ă  D. Riazanov. Celui-ci, avant de disparaĂźtre de son poste de directeur de l’Institut Marx-Engels de Moscou, a pu mettre au point l’édition historico-critique des Ă©crits de jeunesse et de l’IdĂ©ologie allemande de Marx et d’Engels.

A la lumiĂšre des rĂ©sultats obtenus par la rĂ©cente recherche marxologique, on peut apprĂ©cier Ă  leur juste valeur certaines des publications parues Ă  l’occasion du cinquantenaire du Manifeste, comme par exemple lesEssais sur la conception matĂ©rialiste de l’histoired’Antonio Labriola ou l’Introduction historique de Ch. Andler. Si elles contiennent des erreurs, celles-ci ne sont devenues Ă©videntes que depuis peu ; par contre, elles sont Ă  beaucoup d’égards encore trĂšs instructives, dans la mesure oĂč les dĂ©ductions faites par leurs auteurs — qui ne pouvaient que conjecturer ce que nous savons aujourd’hui — ont Ă©tĂ© confirmĂ©es par la suite. Ainsi, ce qui ne pouvait ĂȘtre que supposition chez Andler, lorsqu’il se livrait Ă  une enquĂȘte sur les auteurs dont la pensĂ©e a fĂ©condĂ© celle de Marx, a reçu sa confirmation partielle, aprĂšs la dĂ©couverte des manuscrits Ă©conomico-philosophiques et des cahiers d’extraits de Marx.

Dans le mĂȘme ordre d’idĂ©es, il convient de citer, ne serait-ce qu’au titre de symptĂŽme, le jugement portĂ© sur l’activitĂ© thĂ©orique de Marx jusqu’à 1848, par un professeur d’universitĂ© affirmant que l’auteur du Capital« n’a rien Ă©crit qui touche Ă  l’économie politique avant son Manifeste communiste de 1847 (sic) » et que « jusqu’à cette date il ignorait Ă  peu prĂšs tout des questions Ă©conomiques » (1). Quand mĂȘme on ignorerait l’existence des nombreux Ă©crits de Marx, datant de la pĂ©riode antĂ©rieure au Manifeste, un simple regard sur la MisĂšre de la Philosophie parue en 1847 (et Ă©crite en français !) suffirait pour se convaincre qu’il s’agit lĂ  d’un ouvrage sĂ©rieux de critique Ă©conomique contenant de nombreuses citations d’économistes bien connus ou tirĂ©s de l’oubli par Marx. On y trouve non seulement la premiĂšre Ă©bauche d’une critique magistrale des thĂ©ories de Ricardo, mais aussi une rĂ©futation des adversaires de celui-ci, qui — comme Bray et Proudhon — prĂ©conisaient la rĂ©forme de la sociĂ©tĂ© sur la base de l’échange individuel de quantitĂ©s Ă©gales de travail (2).

Quant Ă  l’activitĂ© politique de Marx et d’Engels avant 1848, elle a Ă©galement Ă©tĂ© beaucoup plus importante qu’on ne pouvait le supposer avant que les investigations de Riazanov n’eussent rĂ©vĂ©lĂ© le rĂŽle de Marx comme initiateur des comitĂ©s de correspondance communistes (3).

I. — Le problĂšme de la paternitĂ© du Manifeste communiste

Il ressort des propres dĂ©clarations de Marx et d’Engels que le Manifeste du Parti communiste fut leur Ɠuvre commune. Retraçant son activitĂ© littĂ©raire jusqu’à laContribution Ă  la Critique de l’économie politique(1859), Marx parle en ces termes de sa collaboration avec Engels pendant son sĂ©jour Ă  Bruxelles (1845-1848) : « Des travaux Ă©pars que nous avons soumis au public Ă  cette Ă©poque et dans lesquels nous avons exposĂ© nos vues sur des questions diverses, je ne mentionnerai que le Manifeste du parti communiste, rĂ©digĂ© par Engels et moi en collaboration
 » (4).

De son cĂŽtĂ©, Engels, dans son aperçu de l’histoire de la Ligue communiste, Ă©crit en 1885 (5), Ă  propos du deuxiĂšme CongrĂšs que la ligue tint Ă  Londres, fin novembre et commencement dĂ©cembre 1847 : « Marx y assista et, dans des dĂ©bats assez longs, 
 dĂ©fendit la nouvelle thĂ©orie. Toutes les objections et tous les points litigieux furent finalement rĂ©solus; les principes nouveaux furent adoptĂ©s Ă  l’unanimitĂ© et l’on nous chargea, Marx et moi, de rĂ©diger le Manifeste. Nous le fĂźmes sans retard aucun. Quelques semaines avant la rĂ©volution de fĂ©vrier, nous expĂ©diĂąmes le Manifeste Ă  Londres, aux fins d’impression » (6).

De quelle nature fut cette collaboration ? On sait que pour la Sainte Famille (1844), pamphlet philosophique de plus de deux cents grandes pages Engels en Ă©crivit Ă  peine trois, sans que cela empĂȘchĂąt Marx de placer, sur la couverture, le nom de son ami avant le sien. Engels en fut lui-mĂȘme surpris (7). Toutefois, dans le cas de l’IdĂ©ologie allemande (1845-46), chacun semble s’ĂȘtre rĂ©servĂ© une cible particuliĂšre, sans que l’état incomplet et imparfait des manuscrits permette de prĂ©ciser la part exacte que l’un ou l’autre eut dans la rĂ©daction de l’ouvrage informe dont les meilleures pages sont celles oĂč la thĂ©orie matĂ©rialiste de l’histoire est exposĂ©e pour la premiĂšre fois et de la maniĂšre la plus complĂšte, sans doute par Marx seul (8). Dans la prĂ©face qu’il Ă©crivit en 1883 pour la deuxiĂšme Ă©dition allemande du Manifeste, Engels a pris soin de nous donner la clĂ© de ce problĂšme. RĂ©sumant avec une extrĂȘme concision « la pensĂ©e fondamentale et directrice du manifeste », — nous verrons plus loin comment le compagnon de Marx entend dĂ©finir cette pensĂ©e — il dĂ©clare : « Cette pensĂ©e maĂźtresse appartient uniquement et exclusivement Ă  Marx ».

Il est clair que par cette mise au point pĂ©remptoire, Engels a voulu Ă©tablir une distinction nette entre sa contribution — qu’il considĂ©rait comme moins fondamentale — et celle de Marx qui avait fait Ɠuvre gĂ©niale. Et Engels Ă©tait en mesure de dĂ©limiter exactement l’importance de son apport dans l’élaboration des idĂ©es dĂ©veloppĂ©es dans le Manifeste.

Cette dĂ©limitation nous pouvons la tenter aujourd’hui avec autant plus d’exactitude que nous connaissons le projet rĂ©digĂ© par Engels Ă  la veille du congrĂšs tenu par la Ligue communiste en novembre 1847. Il fut publiĂ© pour la premiĂšre fois par Edouard Bernstein, en 1914, sous le titre : « Principes du Communisme » (9).

PrĂ©cisons tout d’abord les circonstances dans lesquelles le projet d’Engels est nĂ©. A son congrĂšs de juin 1847, auquel Engels avait assistĂ© comme dĂ©lĂ©guĂ© du comitĂ© parisien, la Ligue des Justes — qui devait adopter en novembre de la mĂȘme annĂ©e le nom de Ligue des Communistes — avait discutĂ©, entre autres, la question de la publication d’une « profession de foi » communiste, et les sections de la ligue avaient Ă©tĂ© invitĂ©es Ă  prĂ©senter des projets au congrĂšs suivant qui devait se prononcer sur l’adoption dĂ©finitive de l’un d’entre eux. Encore avant le mois de septembre, le comitĂ© central de Londres avait envoyĂ© aux sections du continent « un credo communiste succinct et facilement intelligible Ă  tous ». (10) Un des membres de la section parisienne, Moses Hess — dont le nom est Ă©troitement liĂ© Ă  l’histoire du communisme thĂ©orique allemand avant Marx et qui avait l’habitude du style catĂ©chiste (11) — semble avoir Ă©tĂ© le premier Ă  entreprendre le travail, ce qui ressort du rĂ©cit circonstanciĂ© qu’Engels adressa Ă  Marx, fin octobre 1847 de ses rencontres avec Louis Blanc et Flocon (12). Nous en dĂ©tachons le passage qui nous intĂ©resse ici :

« J’ai jouĂ©, ceci tout Ă  fait entre nous — un tour infernal Ă  MoĂŻse (13). Comme de juste, il avait rĂ©ussi Ă  imposer une profession de foi dĂ©licieusement amendĂ©e. Or, vendredi dernier, je l’ai reprise Ă  la section, point par point, mais je n’en Ă©tais pas encore arrivĂ© Ă  la moitiĂ© que tout le monde se dĂ©clarait satisfait. Sans la moindre opposition je me fis charger de rĂ©diger un nouveau projet qui sera discutĂ© Ă  la section vendredi prochain et envoyĂ© Ă  Londres Ă  l’insu des Communes (14). Naturellement, personne n’en doit rien savoir, sans quoi nous serons tous destituĂ©s et cela fera un scandale du diable ».

Deux semaines plus tard, Engels fut dĂ©signĂ© par sa section comme dĂ©lĂ©guĂ© au congrĂšs de Londres et le 24 novembre il Ă©crivit Ă  Marx pour lui fixer rendez-vous Ă  Ostende oĂč les deux amis devaient faire ensemble la traversĂ©e de la Manche. C’est dans cette lettre qu’Engels communiqua Ă  Marx le schĂ©ma de son projet de crĂ©do communiste qu’il voulait soumettre Ă  la discussion du congrĂšs : « RĂ©flĂ©chis donc un peu Ă  la profession de foi. Le mieux serait, Ă  mon avis, d’abandonner la forme de catĂ©chisme et de l’intituler :Manifeste communiste. Comme il faut y parler plus ou moins d’histoire,la forme adoptĂ©e jusqu’ici ne convient pas du tout. J’apporterai le projet de la section parisienne, que j’ai fait. Il est purement narratif, mais fort mal rĂ©digĂ©, avec une terrible hĂąte. Je commence par la question : Qu’est-ce que le communisme ? et je passe immĂ©diatement au prolĂ©tariat, — genĂšse historique, diffĂ©rence entre le prolĂ©tariat et les ouvriers d’autrefois, dĂ©veloppement de l’antagonisme entre le prolĂ©tariat et la bourgeoisie, crises, consĂ©quences. Toutes sortes de choses secondaires y sont mĂȘlĂ©es, et Ă  la fin je parle de la politique de parti des communistes, autant qu’on peut en parler publiquement. Le projet d’ici n’a pas encore Ă©tĂ© soumis, dans son entier, Ă  l’approbation, mais je pense qu’à part quelques tout petites dĂ©tails je le ferai passer pour qu’il n’y figure rien de contraire Ă  nos idĂ©es ».

Il n’a pas Ă©tĂ© possible de savoir si Engels a prĂ©sentĂ© son projet au congrĂšs de novembre-dĂ©cembre. Marx l’en a-t-il dissuadĂ©, aprĂšs s’ĂȘtre convaincu qu’il s’agissait de mettre au monde un document d’une portĂ©e historique ? (15) Quoiqu’il en en soit, nous savons qu’au congrĂšs de Londres Marx prit l’engagement de rĂ©diger le Manifeste communiste. Nous en avons la preuve par la lettre comminatoire que le comitĂ© central de Londres adressa le 26 janvier 1848 Ă  la section de Bruxelles, et oĂč il est dit : « Le ComitĂ© central charge par la prĂ©sente le comitĂ© de la section de Bruxelles d’informer le citoyen Marx que si le Manifeste du Parti communiste dont il a pris sur lui la rĂ©daction au dernier congrĂšs n’est pas arrivĂ© Ă  Londres avant le mardi 1er fĂ©vrier de l’annĂ©e en cours, des mesures ultĂ©rieures seront prises contre lui. Au cas oĂč le citoyen Marx ne rĂ©digerait pas le Manifeste, le ComitĂ© central demande le renvoi immĂ©diat de tous les documents qui lui ont Ă©tĂ© remis par le congrĂšs » (16).

Si l’on pense que le deuxiĂšme congrĂšs de Londres se termina le 8 dĂ©cembre ; que Marx quitta Londres pour Bruxelles vers le 14 dĂ©cembre ; qu’Engels le rejoignit Ă  Bruxelles le 17 dĂ©cembre et retourna Ă  Paris vers le 24 dĂ©cembre, on peut calculer que les deux amis n’avaient Ă  leur disposition qu’une dizaine de jours pour faire un travail commun. Ce simple calcul permettrait Ă  lui seul, s’il n’y avait pas d’autres raisons plus sĂ©rieuses, de prouver que la rĂ©daction dĂ©finitive du Manifeste est due au seul Marx qui s’est acquittĂ© de sa tĂąche dans les quelques semaines entre son retour de Londres et la fin de janvier 1848. Pendant la mĂȘme pĂ©riode, Marx a fait deux ou trois causeries – sur le travail salariĂ© et le capital – au club ouvrier allemand, et une confĂ©rence en langue française sur la question du libre-Ă©change devant l’Association DĂ©mocratique de Bruxelles (17).

De toutes ces considĂ©rations prĂ©liminaires il convient de tirer une seule conclusion : La rĂ©daction dĂ©finitive du Manifeste communiste fut exclusivement l’Ɠuvre de Marx qui s’est inspirĂ© — nous verrons dans quelle mesure — des « Principes du communisme » qu’Engels lui avait sans doute remis lors de leur sĂ©jour Ă  Londres (18).




Fonte: Latradizionelibertaria.over-blog.it